LANA DEL REY : Le sexe, la mort, la peur d’être oubliée. Episode 3

Lana Del Rey, Dark Paradise

Lana Del Rey dit avoir été angoissée, dès son plus jeune âge, par la mort : « La mort a beaucoup occupé mes esprits à un moment de ma vie, quand j’étais très jeune. J’ai eu une sorte de crise philosophique. Quand j’ai réalisé que nous allions tous mourir, que nous étions nés pour mourir, ma mère et mon père et tous ceux que je connaissais, et moi aussi, ça m’a tellement effrayée que je crois que cela a influencé ma vision des choses, comme si un voile s’était additionné à mon existence… J’ai été malheureuse pendant un certain temps. Et tout s’est mélangé, amour et mort, pour influencer mon écriture… ».

Le titre de son premier album, Born to Die, est explicite ; mais la mort revient dans bien d’autres chansons, de manière parfois glaciale, voire crue, le sexe et la mort étant souvent associés : « J’ai beau avoir passé la plus grande partie de ma vie dans ma tête, je suis hantée par le plaisir physique (…) J’aime juxtaposer ce sentiment d’extase avec cette idée fixe que tout se finit par la mort, je ne connais pas de meilleure combinaison que l’animal et le cérébral » (à J.-D. Beauvallet).

Lana Del Rey, Brooklyn Baby

Dans Dark Paradise, elle dit : « Ton âme me hante et me dit que tout va bien, j’aimerais être morte, morte comme toi… chaque fois que je ferme les yeux, c’est un paradis noir ». Et dans Did You Know That There’s A Tunnel Under Ocean Boulevard : « Baise-moi jusqu’à la mort, jusqu’à ce que je m’aime moi-même ». Et encore, dans Born to Die : « Take me to the finish line » (emmène-moi jusqu’à la fin), une manière d’en finir par l’outrance et la dérive, où l’on peut entendre un écho à « Babe, take a walk to the wild side » de Lou Reed. L’affinité entre elle et Lou Reed était d’ailleurs bien réelle. Ils avaient décidé d’enregistrer une chanson ensemble pour l’album Ultraviolence. Elle a pris un avion de nuit pour le rejoindre à New York :
« J’ai atterri à 7 heures du matin, il est mort deux minutes après ». Rencontre manquée qui a inspiré à Lana Del Rey le titre Brooklyn Baby.

Don't Forget Me, Lana Del Rey

À cela s’ajoute la peur d’être oubliée, elle et ses chansons. « Saviez-vous qu’il y a un tunnel sous Ocean boulevard ? » est à la fois le titre de son album paru en 2023 et celui de l’un des morceaux. A Los Angeles, dans ce tunnel piétonnier oublié depuis longtemps, figurent des mosaïques Art Déco que personne ne peut voir puisque le tunnel n’est plus accessible au public. Viendra-t-il un jour où plus personne ne saura qui fut Lana Del Rey, ni ce que disaient ses chansons ? Selon elle, cette peur d’être oubliée est également nourrie par la chanson de Harry Nilsson, Don’t forget me.

L’enracinement de Lana Del Rey dans le passé, à travers les citations littéraires et musicales, et les références à l’histoire des États-Unis, peut aussi se lire comme une forme de mort sociale, y compris sur le plan musical : la vraie création serait morte, ou du moins reléguée hors-champ (par contraste avec la créativité des années 1960 et 1970), tout n’étant plus que recyclage plus ou moins déguisé du passé. Et, au-delà, c’est la mort de l’espoir d’une société meilleure, désormais dominée par la mise en scène de la richesse. De là cette conclusion, que l’on peut aussi rapporter à sa propre trajectoire : « Elvis est mon père, Marilyn est ma mère, Jésus est mon meilleur ami », comme s’il ne restait plus qu’à s’en remettre aux forces de l’esprit.

Lana et Elvis Presley

… à suivre

Si vous n’avez pas la patience d’attendre le prochain épisode, vous pouvez télécharger le livre entier ici.

Télécharger

Un commentaire Ajoutez le votre

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.