Black Day, David Bowie 1947-2016

Samedi 9/1/2016 – 11h
Le facteur arrête sa camionnette jaune devant mon portail. Il cale misérablement. Est-ce un signe ?
Il me donne mon colis en main propre.
Un beau faire-part en vinyle transparent. Car ce putain d’album Black Star n’est rien d’autre qu’un faire part.
Et je n’en sais encore rien. Je n’ai qu’une envie, le faire tourner at the maximum volume sur ma platine.

Lundi 11/1/2016 – 8 h – Le téléphone sonne
Je décroche : Bonjour père, tu vas bien ?
Père : Moi oui, c’est à toi qu’il faut demander ça. Tu n’es pas trop triste ?
Moi : Triste ? Pourquoi ?
Père : T’écoutes pas les infos ?
Moi : Non (je fais sobre, je lui épargne ma diatribe sur ces abrutis de médias) on écoutait Annie Cordy avec les enfants. On chantait Chokakao. Chooooooo kakao ! Et puis la Bêbête !
Père : Ah merde ! Tu sais pas que David Bowie est mort ?
Moi : Froaaaaaa, chocol-aaaaaaaaaaaaaaaaaargh !

Un des deux hommes les plus importants de ma vie m’annonce que l’autre est mort !

C’est toujours pareil avec Bowie, on est toujours surpris. Soit par la musique, soit par le look… Pour ce nouvel album, il ne nous avait pas refait le coup de The Next Day que personne attendait. C’était signe de vie, de santé, de créativité et, peut-être de retour dans la vie active avec tournée, apparitions, interviews.
ET puis, c’était quand ? En novembre ? Octobre ? Il annonce la sortie de son nouvel album pour le jour de son anniversaire, le 9 janvier 2016. Cooooool !
Ce qui l’est moins, mais on ne le sait pas, c’est qu’il sait qu’il va mourir.
En attendant il nous livre pour patienter ces deux superbes chansons via des clips lourds de sens.

Blackstar un black Monday

Le premier. Blackstar. Un titre et un clip de 10 minutes. Avec le nouveau personnage Button Eyes et le retour du Major Tom qui s’est désintégré dans sa combinaison et dont le crâne est bouffé par des joyaux. En 69 il avait quelques problèmes techniques dans Space Oddity, en 80 Tom était un junkie dans Ashes To Ashes, mais toujours vivant mais cette fois-ci, aucun doute, le Major Tom est bel et bien cramé.
Que veut dire cet incongru pied de nez à 5.50″ ? Je vous ai bien eu ? Vous ne vous y attendiez pas à celle-là ?

Look up here, I’m in Heaven

Deuxième clip, Lazarus, le pire. Glaçant maintenant qu’on sait. Magnifique chanson servie par un clip centré sur le mourant, le mort ? Son testament. Ses adieux. Lui, ne nous aura pas fait le coup de la dernière tournée d’adieu. Les premiers vers sont touchants : « Look up here, I’m in Heaven » et c’est vrai que le soir dans mon jardin je regarde le ciel cherchant la Blackstar. Les dernières images sont déchirantes. Bowie clopinant vers l’armoire pour fermer la porte sur lui disparaissant. THE END

Depuis ce clip me hante. Avant sa mort je le trouvais d’une morbidité jubilatoire, depuis, je le trouve tout simplement magnifique et triste. Quant à la chanson, je la place à côté de Life on Mars?.
David Bowie ne pouvait pas mourir comme les autres. Il fallait qu’il reste artiste jusqu’au bout. Qu’il soigne sa sortie. Et elle fut magistrale.
Il ne pouvait pas partir en nous laissant, nous qui l’aimons, sans un cadeau d’adieu comme pour nous dire de ne pas être triste, qu’il n’est pas loin et qu’il suffit d’écouter son faire part pour comprendre.

Well done, my friend. The world has the music.
What I remember most is the laughing.

Reeves Gabrels

Un de mes fils, il a une trentaine d’années, complètement hermétique à la musique, donc à Bowie, m’a quand même dit qu’il avait l’impression d’avoir perdu un membre de la famille. Genre vieil oncle éloigné un peu bizarre, qu’on ne voyait jamais mais qu’on aimait bien et dont l’esprit flottait en permanence dans la famille. De temps en temps il donnait des nouvelles, un nouveau disque, un concert…

Comment je vais conclure cet article ?

Salut l’artiste ? Non, c’est nul.
The show must go on ? Non, c’est con.
Adieu l’Emile, je t’aimais bien ? Non, c’est Brel.

Euh… Bin bonne année… et surtout la santé.

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