Patrick Betaille – Interro écrite #6

Sixième INTERRO ÉCRITE. C’est Patrick Betaille qui passe à la moulinette. Qui c’est ? Un blogueur qui aime la moto, les pin-ups et le rock. Pourquoi lui ? Parce que je fais ce que je veux. Parce que pourquoi pas ? Et surtout parce qu’il vient de sortir un livre consacré à l’art des pochettes de disques. Il s’intitule In Vinyle Veritas (Éloquence et désaveu du cover art). Un bouquin fait avec ses mains, en auto-édition. Il le vend sur la page de son blog et pourra même vous en envoyer un exemplaire dédicacé. Son livre est bien écrit avec plein d’images vachement jolies. Aidez-le, ACHETEZ-LE ! Voici son interro écrite. Et pour lire la critique du livre c’est ici aussi mais ailleurs.
Black Bonnie c'est ton vrai nom ? Naannn, j'déconne, d'où vient le titre de ton blog ?
J’ai une moto, une Triumph Bonneville noire. Quand je me suis inscrit sur un blog consacré axé sur les motos anglaises, mon pseudo c’est imposé comme une évidence. Quant au thème, il parle de lui même : Du Rock, des Bécanes et des Pin-Up . La vie quoi !
Patrick Betaille jeune
Tu as commencé quand et pourquoi ?
J’ai démarré timidement mon propre site en décembre 2019, peu de temps avant la cessation de mon activité professionnelle. Une manière de passer à quelque chose de totalement différent.
C'est ton métier blogueur ? Influenceur ? C'est quoi ton métier ou du moins, ta formation ?
À vrai dire, tout petit déjà je voulais être chien policier mais mes parents n’étaient pas d’accord. J’étais attiré par le dessin et la musique mais je n’ai pas trouvé mon compte dans l’apprentissage du solfège, de la vie de Debussy et dans la représentation de natures mortes. Au sortir du primaire, les vaches m’ont bouffé le cartable. Rêveur estampillé ’’bon à rien et mauvais en tout’’, je me suis retrouvé en secondaire littéraire, seul choix quand les maths jouent de la surenchère avec tes poussées acnéiques et que l’économie t’en touche une sans faire bouger l’autre. Je m’y suis pris à deux fois pour le décrocher, mais à la surprise générale j’ai eu le bac! Si, si ! Je parle d’un temps que les moins de 20 ans… Mais à l’époque il était possible de bosser sans diplôme ; suffisait d’être motivé et, sous couvert d’envie d’indépendance, je l’étais. De petits boulots en petits boulots j’ai fini par intégrer un groupe pétrolier au sein duquel j’ai passée 45 années. Tourner des vannes en raffinerie, gérer des approvisionnements, arpenter les planchers de plate-formes de forages on fait partie de mes quotidiens jusqu’au jour où j’ai pu acquérir mes galons de responsable de projets et animateur de formations un peu partout dans le monde. Et le Rock dans tout ça ? En fait, d’une manière ou d’une autre et sous différentes formes, la musique a toujours été présente chez moi. Tout a commencé en 1969 quand  j’ai pris en pleine tronche l’onde de choc du crash du LZ 129 Hindenburg du premier Led Zeppelin. S’en est suivi une quête fébrile et soutenue d’équivalences sonores bienfaitrices et un besoin d’explorer d’autres horizons. Grâce à un Tonton pas encore flingueur j’ai animé deux émissions radio aux noms évocateurs  (Chaud Devant et Tapage nocturne). J’ai également été coorganisateur d’un tremplin rock local et je me suis occupé d’un groupe hélas éphémère.
Music in Black Bonnie
Pourquoi le rock ? T'es plutôt CD, vinyles, K7 ? Tu es collectionneur ?
Vaste question ! Le Rock c’est une vibration et quand on y est sensible on réalise que c’est l’une des façons de mettre un nom sur ce à quoi l’on aspire. C’est un moyen d’expression, un refuge et une forme d’art excitante. Il existe pour raconter une histoire, traduire des sentiments et exprimer des émotions indispensables à l’intelligence et au corps. En ce sens il est le témoin de notre histoire, de notre culture, de notre vie.
J’ai été vinyle quand le Cd n’existait pas encore. J’aime l’objet dont le format permet de contempler le contenant avant et pendant l’audition du contenu mais quel esclavage ! Pochette anti-statique à l’intérieur, pochette transparente pour protéger l’extérieur, nettoyage, stockage, manipulation, stupeurs et tremblements au moindre scratch etc. J’ai été collectionneur, certes, mais plus pour l’originalité et l’aspect visuel des pochettes. Je suis passé au Cd, essentiellement à cause du côté pratique lié à l’utilisation de cette nouvelle technologie. Quant aux cassettes enregistrées, je n’en ai jamais acheté. De temps en temps je me faisais mes propres best of pour donner à grignoter à mon baladeur et mon autoradio qui, régulièrement, me les vomissaient sous forme de pelotes brunes inutilisables. Finalement je me contentais de faire des copies de mes disques à destination de quelques potes. J’ai eu jusqu’à 600 vinyles dont j’ai fini par me débarrasser pour des raisons financières. Aujourd’hui je possède quelques 1400 Cd mais les achats deviennent de plus en plus rares tant j’ai du mal à trouver mon bonheur dans la production actuelle. Quand ça arrive, soucieux du respect et du soutien envers les artistes, je ne télécharge pas, j’achète.
Un temps décriée pour vendre du mini disque argenté désormais tout juste bon à effrayer les piafs des jardins, la galette noire refait surface. Marketing qui consiste à convaincre l’utilisateur que le son est plus chaud, le rendu meilleur et plus proche de la vérité. Est volontairement occulté le fait que, pour arriver à un tel résultat, il faut, non seulement des enregistrements de qualité mais aussi un équipement et des conditions d’écoute adéquates pour pouvoir bénéficier d’une restitution sonore digne de ce nom, et ça, c’est pas donné à tout le monde. OK, c’est quand même mieux que si c’était pire et, à minima, on ne peut que se réjouir du retour d’un format de jaquettes visuellement attractif et confortable. Force est de constater qu’au moment de l’avènement du Cd, très souvent, la conversion de l’analogique vers le numérique a fait l’objet de massacres organisés dans l’urgence d’une démarche purement mercantile destinée à vendre très cher des œuvres depuis longtemps amorties. Quant au packaging réduit à un carré de 12.5 cm de côté qui relègue l’accès aux informations au rang de torture visuelle, il a tué la création arartistique. Ceci expliquant peut être cela. ″Il y a toujours des fous qui se tournent vers le passé… S’il existe de meilleurs produits vous devez passer à autre chose. Je ne crois pas à l’éternité″. C’est Lou Ottens qui très récemment encore disait ça à propos du retour en grâce annoncé de son invention : la cassette audio.
Pourquoi les pin-up ? Amoureux des femmes ? Du dessin ?
Paradoxalement j’aime les femmes et leur complexité mais j’avoue ne pas être en capacité de toujours les comprendre. Globalement je pense qu’elles sont supérieures aux hommes, et surtout moins bêtes et moins violentes qu’eux. Dans notre société c’est quand même les femmes qui morflent le plus alors que si elles étaient au pouvoir le monde irait certainement beaucoup mieux.
Quant à la représentation graphique de la femme, au-delà de toute considération machiste, sexiste, et que sais-je encore, il faut savoir replacer débat dans son contexte historique et éviter tout amalgame avec les événements qui font les riches heures de l’actualisé du moment. À l’origine, bien qu’outrageusement sexy, la pin-up ne montre pas son corps intentionnellement. Jamais vulgaire, elle est a femme fatale de l’innocence et la chaste victime d’une situation incongrue. Le terme pin-up est-il totalement innocent pour autant? Non bien sûr car le problème de la pin-up est qu’elle ne promeut qu’un modèle précis et même quand elle change de costume, son tour de taille et le volume de ses bonnets restent l’apanage d’un corps destiné à promouvoir un produit. Je pense que si aujourd’hui nous continuons de faire mention de la pin-up avec la même définition de celle-ci à l’époque du Nose Art ou des Calendar girls, alors non, la pin-up n’a plus sa place car elle offre une image trop unique, trop réduite des femmes. Cela signifie t’il pour autant que du passé il faut faire table rase et se cacher les yeux devant les œuvres d’Alberto Vargas et de Gil Elvgren ? À ce stade je préfère considérer l’aspect artistique plutôt que débattre sur le vaste sujet de la condition féminine. Car somme toute, punaisées, cartoonesques, modèles ou mannequins, les pin-up sont et seront toujours comme on les aime: éclatantes!
Pin Up
Pour avoir pas mal parcouru ton blog et lu ton bouquin, j'ai l'impression que le thème principal et ton intérêt premier se trouve plutôt du côté du graphisme, du dessin, de la photo. Me trompe-je ?
Exact ! Je crois au pouvoir de l’image sous quelque forme que ce soit et je suis admiratif du talent de ces artistes qui parviennent à figer un moment, une situation ou un sentiment et à déclencher en moi une émotion inattendue devant une photo, un tableau, un dessin ou une composition graphique. Je crois que c’est la raison pour laquelle je suis devenu fan d’une époque au cours de laquelle musiciens et illustrateurs collaboraient en tissant un lien étroit entre œuvres sonores et picturales. Je pense notamment au travail de Roger Dean avec Yes mais aussi à ce disque acheté uniquement à cause de son cover art, sans même savoir de qui et de quoi il s’agissait: le premier album de King Crimson – In the court of the Crimson King, illustré par un certain Barry Godber. Il m’est aussi arrivé de me déchirer les zygomatiques en découvrant les détournements de pochettes emblématiques dessinées par Marcel Gotlib. Rhââ Lovely !
Tu as pleuré à la mort de Johnny ?
Pleuré non. Le seul dont la disparition m’ait tiré quelques larmes c’est Rory Gallagher. Peut être parce que j’ai eu la chance de le rencontrer. Pour en revenir à Jojo c’est plutôt le constat qu’une partie de ma jeunesse était en train de se barrer qui m’a perturbé. Je n’aimais pas ses débuts au cours de la période yéyé et j’ai détesté ce que l’industrie musicale a fait de lui à partir des années 80. Par contre j’étais fan de sa période 70’s. Rivière ouvre ton Lit, Voyage au pays des vivants, Je suis né dans la Rue, Je te veux, Fils de Personne… Des trucs qui te faisaient sortir les bijoux de famille par les oreilles ! On ne rit pas : c’est aussi grâce à lui que j’ai découvert la 7ème de Beethoven (poème sur la 7ème). D’accord, il n’a pas créé le rock français mais il a sacrément popularisé avec ses reprises de tubes anglo-saxons. Hey Joe pour ne citer que celui là. Et puis, qui a amené Jimi Hendrix en france ? Ben c’est lui ! Jean Philippe Smett ! Alors respect et allumez le feu!
Comment est née l'idée du livre ?
Au cours d’un apéro avec deux potes. Première tournée on rompt des bâtons à propos de généralités musicales. À la deuxième on dévie sur le contenu de mon blog. Au troisième tour, débarque le sujet de la censure qui s’éternise pendant le repas. Au dijo, à 2 grammes, j’abrûlepourpointe : ″je devrais en faire un livre″ et j’entends : ″Super, vas-y, fais le !″ Au matin, après dissipation des brumes et expulsion des piverts qui avaient élu domicile dans mon crâne je me suis réuni avec moi même et le verdict est tombé : Ok, je vais le faire et à minima ce sera un petit témoignage intellectuel à l’attention de mes enfants. Je ne savais pas encore dans quoi j’allais m’embarquer.
In vinyle veritas
Combien de temps avant la naissance du produit fini et comment s'est déroulée l'écriture ?
16 mois ! 16 mois entre la décision et l’arrivée du tirage en 100 exemplaires de ces 280 pages. Je ne savais pas ce qu’écrire représentait, mis à part au travers de rapports professionnels et autres manuels de formation. Là, j’ai découvert la force de la motivation, l’ampleur de la tâche pour gérer les images, les contraintes de la rédaction et la pression liée à la cohérence et à la consolidation de l’ensemble. J’en rêvais la nuit mais par contre je n’ai pas eu à gérer le syndrome de la page blanche. Au contraire. Un sujet en amenant un autre, pour ne pas partir dans tous les sens et nuire à une certaine cohésion, j’en arrivais à devoir m’imposer des limites en m’autocensurant. Ce qui, avouons-le, est un tantinet paradoxal au regard d’un bouquin consacré à… la censure ! Alors oui, j’en ai bavé un peu, j’ai gambergé, beaucoup et je me suis éclaté, passionnément. Au final, ce que je n’ai pas aimé, du tout, c’est de découvrir que malgré un nombre conséquent de relectures – y compris en faisant appel à d’autres regards – l’édition de retrouve entachées d’une bonne quinzaine de coquilles.
Parle-nous du choix des pochettes. Pas beaucoup de français pourquoi ? Manque de matière ou question de goûts personnels ?
Le constat est simple. Comparativement aux anglo-saxons, l’Hexagone à toujours été à la ramasse en terme de rockologie. De fait et à de rares exceptions près, (Damien Saez, Philippe Katerine, Étienne Daho, etc.) peu de pochettes ont donc été censurées et pour une fois c’est un bon point de marqué face aux champions de la bien-pensance et aux créateurs du Parental Advisory. Pourvu que ça dure ! La France a même été le seul pays à diffuser la pochette originale du très controversé Virgin Killer de Scorpions. Sans être carrément interdits de diffusion certains titres ont quand même généré de sévères polémiques. C’est le cas du Déserteur de Boris Vian, Fais moi mal Johnny de Magali Noël, Hexagone de Renaud, Je t’aime… moi non plus de Gainsbourg, etc. Plus anecdotique, l’épisode Lucien Morisse qui casse en direct radio un disque de Johnny en disant : ″voilà un disque que vous entendez pour la première et la dernière fois″. Il s’agissait de Itsy Bitsy Petit Bikini !
Pas de problème avec les droits d'auteur ?
Jocker ! Pas le temps et l’envie de me lancer dans une quête sans fin pour obtenir officiellement des droits d’utilisation des images. Je suis juste parti à la recherche des bonnes références et je me suis attaché à afficher clairement les copyrights concernés. Wait and see !
Les pochettes de disques
Est-ce qu'il y aura un Tome II ?
Honnêtement, un tome II je ne crois pas. Je n’ai aucune intention de réécrire l’histoire du rock sur un sujet comme celui ci. Avec ce livre, je souhaite seulement entretenir une certaine forme de mémoire partielle et partiale. Secrètement j’espère que chez certains mon approche déclenchera l’envie d’en savoir un peu plus et d’aller fouiller plus loin. Cela dit, si je dois m’y remettre, ce sera sur une version augmentée, l’occasion certainement de me débarrasser des coquilles évoquée plus haut. J’y pense !

Merci Patrick…
Au fait, est-ce qu’il y a une question que tu aurais aimé que je te pose et que je t’a pas posée ? Si oui laquelle et quelle est la réponse ?

Pourquoi ce choix de l'auto-édition ?
Conscient que le sujet abordé est très anecdotique et que – même avec des lunettes noires – je ne m’appelle pas Philippe Mon-Oeuvre, je n’ai même pas pris la peine de démarcher des éditeurs. Plus branchés graphisme ou biographies ces derniers ne bousculent pas pour un sujet aussi exclusif. De plus, si c’est pour ne glaner que quelques malheureux fifrelins en retour… D’accord je perd en visibilité puisque je ne bénéficie d’aucun réseau de distribution. De la même manière, je me suis refusé à faire appel au crowdfunding auquel, intellectuellement, j’ai du mal à adhérer. Tant pis, de toute façon, je n’en fais pas une opération lucrative.  Même à fonds perdus je fais le choix assumé de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour garder le contrôle total sur une commercialisation à la mimine. J’accepte donc le fait que In Vinyle Veritas – en tant que remède à la morosité et déjà reconnu d’utilité publique – ne soit, ni remboursé ni par la Sécurité Sociale, ni partiellement pris en charge par les mutuelles de santé.

3 commentaires Ajoutez le votre

  1. blackbonnie64 dit :

    Une bonne idée que ces interros! Félicitations à l’interrogateur qui n’utilise ni pression intellectuelle, ni gégène, ni sérum de vérité et à qui – en inversant les rôles – j’attribue un 18/20!

  2. Globrocker dit :

    Bin pourquoi 18 ?

  3. Greg dit :

    Rock ‘n’ Roll bordel !!!

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.