Elton JOHN Vs Reginald Kenneth DWIGHT

Décidément, j’ai vraiment un problème avec les biopics (et les tribute band, ce qui revient au même, n’est-ce pas ?). On a déjà parlé de Bohémian Rhapsody dans ces colonnes (Kanibalekter et ma pomme) et hier j’ai vu Rocketman le biopic consacré à Sir Elton John dont Kani a déjà parlé ici. Bon, je ne suis pas assez calé sur la vie du chanteur pour avoir noté comme dans celle de Queen les erreurs de dates, les arrangements avec la réalité, les concessions au fric.

Elton John is Rocketman

Elton John musical

Pour commencer on va évacuer les points noirs. Gaffe à vous ça va gicler.
Tout d’abord, ce côté comédie musicale à deux balles, parti pris par le réalisateur Dexter Fletcher (qui participa à la confection de Bohémian Rhapsody aux côtés de Bryan Singer. Putain ils se sont mis à deux pour pour pondre ce navet !). On a droit à une bubblegumisation du plus mauvais effet des titres d’Elton John pour assister à des ballets, des chorégraphies Maritie & Gilbert Carpentier certainement influencés par La La Land autre navet de 2017. Ça danse, ça gesticule, les danseurs déguisés comme au carnaval pour faire hippie, power pop, peace and love. Pour les ballades, ce n’est pas très gênant sinon qu’elle deviennent encore plus mièvres. Le problèmes se posent pour les titres plus rock. Il deviennent insipides, niais. Même Pinball Wizard perd toute la fureur de la version originale. Le répertoire, pourtant riche, est aseptisé, passé au gel hydro alcoolo, à écouter avec un masque sur les oreilles. C’est ce qu’on appelle “écouter au masque”.

Taron Egerton est Elton John

Elton John 1, Taron Egerton 0

Quelle idée de laisser Taron Egerton chanter ?????????????
Quel est l’intérêt ????????
Il faut saluer la performance de l’acteur gallois dans le rôle de Reginald Kenneth Dwight. Il a bien grossi, campant un Elton fou, excessif et grassouillet. Mais pourquoi l’avoir laissé chanter ? On n’entend qu’une pâle imitation du chanteur anglais et il manque ce timbre si particulier, un peu velours nasillard, particularité qui fait de John une star reconnaissable entre mille. Là désolé mais l’imitation a foiré.

The Rise and Fall of…

En revanche, le film montre bien la descente aux enfers d’Elton John. La réussite d’abord avec les premiers succès, la montée en puissance pendant laquelle Elton John aligne tubes sur tubes, tournées sold out sur tournées sold out et l’étonnant foyer américain d’où démarre le triomphe du chanteur anglais alors que ses congénères n’avaient qu’un seul but c’est de conquérir l’Amérique après avoir décroché la timbale dans leur pays. J’adore la scène pendant laquelle Rocket Man règle ses comptes avec son entourage dans la salle des AA. Sa mère, son manager amant John Reid, son vrai père, et même Bernie à qui il reproche son hétérosexualité prenant comme prétexte leur première fête jet set américaine durant laquelle Bernie laissa seul Elton pour aller batifoler avec une gonzesse. Tout ça est bien rendu. Le metteur en scène ne prends pas de gant, il met en scène un artiste grisé par le succès, de plus en plus égoïste, alcoolique, drogué, égocentrique parce que seul, mal aimé ou pas aimé. Et quand on sait qu’Elton a suivi de près le projet, on ne peut qu’avoir du respect pour le Sir.

Et que dire de cette scène dans laquelle Elton crée en temps réel le tube international et intemporel Your Song. Là, qu’importe la vérité historique. Il était dans son salon ? Chez sa mère ? En robe de chambre, en pyjama, en short ? On s’en branle. Ils étaient tous béats d’admiration et ils avaient raison. Cette scène rend hommage à la création, à l’artiste conscient et heureux de mettre au monde un truc pour lequel il n’aura jamais honte mais, au contraire, ne pourra ressentir que fierté du travail accompli. Comme le dit Michel Berger dans Cézanne Peint :

Et voilà l’homme
Qui croise avec ses yeux
Le temps d’un éclair
Le regard des dieux

Michel Berger

Ajoutez l’adhésion générale, l’unanimité pour un moment où chacun est conscient d’être témoin de la naissance d’un chef d’oeuvre.

Clapton 1, Biopics 0

Je me suis laissé porté par le film, ému parfois par ce chanteur malheureux, mais sans aucune empathie. Et résultat, ça confirme que j’ai un gros problème avec ses biopics hollywoodien. Surtout qu’après, j’ai enchaîné avec Eric Clapton, A Life In 12 Bars un vrai film documentaire sur le dieu de la guitare. Là, pas d’acteur qui essaye de ressembler, pas d’exercice de style pour faire joli, pas de torsion chronologique adaptée aux ménagères de moins de 50 ans. C’est brut, c’est illustré, c’est raconté et c’est Clapton. Une petite merveille.

Eric Clapton Life in 12 Bars

Dis camion !

Donc les biopics hollywoodiens, je l’ai déjà dit et redit, très peu pour moi. Concernant celui sur Bowie, les choses avancent, hélas. Retardées par la Covid (merci à lui) on a quand même pu voir quelques images extraites du film. On découvre Johnny Flynn dans le rôle de Bowie dans les années 60. L’acteur est mignon, il doit certainement plaire aux nanas, mais désolé, ce n’est pas Bowie, loin de là. Et même en mettant une perruque pour ressembler à Bowie qui voulait ressembler à Lauren Bacall, on est toujours en présence d’un ersatz façon camionneur du chanteur. Eh les producteurs hollywoodiens ! Changez tout, le seul qui pourrait incarner Ziggy sans trop de casse c’est Harry Styles et il n’y a pas photo.

Je n’en veux pas à Johnny. Même moi, si on m’avait proposé de jouer le rôle de Bowie dans un film racontant sa vie, non autorisé par la famille et sans les chansons j’aurais certainement accepté. On a même eu droit a une chanson composée et interprétée par Johnny Flynn. Une chanson dans l’esprit de ce que Bowie composait dans ces années là dixit son auteur. On a droit qu’à un truc insipide plus proche de la country music chantée par un camionneur. Je n’ai aucun problème avec les camionneurs tant qu’ils restent camionneurs mais j’ai un grave problème avec les biopics à la con. Alors stop.

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