PATTI SMITH – Horses – 1975

Pour une fois j’ai écouté les rockritiques que je lisais consciencieusement chaque mois dans mes magazines préférés. Ils annonçaient tous un séisme dans l’univers du rock avec l’arrivée de la Patti (arrivée, patti, faudrait savoir) et de son premier album Horses.

Chronique de Horses dans Best

Je me ruais donc sur le disque dés sa sortie, posais le diamant de ma platine Pioneer sur le premier morceau de la face A et c’était parti Smith !

Patti Smith, Horses back cover

Jesus died for somebody’s sins but not mine

Patti Smith

Ni les miens d’ailleurs et en plus, de quoi j’m’ mêle ? Hein ! On t’a rien demandé. L’album démarre donc par ce vers tiré du poème écrit et scandé par Patti tel le AKA des All Blacks qui vous annonce qu’ils vont vous marcher sur la gueule et à mesure que le ton monte, la Patti devient carbonara pour enchaîner dans l’élan par une version toute perso du Gloria des Them de Van Morrison.

Et elle enchaîne les brûlots. Redondo Beach, un ptit reggae tordu martelé de piano. Birdland, une longue litanie poétique sur un petit garçon et son papa. Free Money qui démarre ballade pour terminer carré et affûté. Kimberly une espèce de marche qui fait référence à la sœur de Patti. Break It Up un cri rauck lancé à Jim Morrison. Land un long morceau qui implique Rimbaud, Johnny, Burroughs mené à la vitesse d’un cheval au galop se riant des obstacles. Le disque se termine en douceur avec Elegie, un requiem en hommage à Hendrix mort 5 ans auparavant.

Et puis y’a Frida… euh, non, Patti

Et puis il y a Patti Smith, une jolie brunette qui fait tâche dans l’univers des blondasses rock. Elle est nature, ne fait rien pour mettre en valeur ni son visage, ni son corps. Il ne faut afficher que son art, ses poèmes, ses chansons et sa voix. Et quelle voix ! Gutturale, située dans les basses, dans l’underground qui chante autant qu’elle crie, qui prie autant qu’elle pleure, qui clame autant qu’elle râle. Rien à foutre du paraître, Patricia Lee Smith est une vraie artiste. Déjà une vraie féministe qui prônait la liberté, la poésie, la vie, le rock et le fun.

Patti Smith photos

Quant à la pochette, fameuse aujourd’hui, vous en serez plus ici et en passant faites le puzzle, ça vous occupera.

Addict à Patti

Ça y est j’étais addict à la poétesse new-yorkaise fan de Rimbaud. Je me ruais sur tous ces albums : Radio Ethiopia, Easter, Wave, Dream Of Life… Et bien sûr j’allais la voir en concert. Deux fois.

Lors de son passage à Lyon à la Bourse du Travail en 78, je découvrais ravi une Patti Smith rock, punk, fidèle à ce qu’elle m’avait fait découvrir dans ce premier album. Un set carré, puissant et la voix de Patti. Ce que je ne savais pas, c’est que pendant qu’on s’éclatait sur les riffs du groupe, à l’extérieur de la salle c’était la guerre. 2000 personnes dedans et 500 frustrés avec ou sans billets enfermés dehors, privés de Patti. Ça a chié dur entre les exclus et le service d’ordre de KCP puis les CRS venus leur prêter main forte. A notre sortie, la Place Guichard avait l’air d’un champs de bataille et quelques excités rôdaient encore autour des CRS restés pour sécuriser le quartier. Nos vieux cons d’élus ont bien entendu sauté sur l’occasion pour interdire de nouveau les concerts rock à Lyon. Mais c’est une autre histoire.

L’année d’après je suis allé jusqu’en Avignon et j’ai failli mourir. Le concert avait lieu au parc des expositions. Il portait bien son nom. Nous étions parqués dans un grand espace bétonné. Il faisait une chaleur à crever. Patti Smith est arrivé en retard. Le concert fut quand même grandiose jusqu’à ce qu’elle se mette à nous balancer des solos de guitares interminables et chiants. Plus proche du bruit que de la musique. Le solo parfait du guitariste qui ne sait pas jouer mais qui se lance quand même. Ça va, c’était à la fin, on s’est barré.
Et c’est là que j’ai faillis y passer. Nous étions 3 potes en maraude dans le super cinq turbo compressé. On branche des gonzesses dans une autre voiture qui nous disent aller danser dans un balloche pas loin. Notre chauffeur a voulu faire le malin, a raté un virage et nous sommes allés tout droit atterrir dans le talus juste entre deux arbres centenaires, voire millénaires. Quand je dis entre deux arbres, à quelques cm près c’était dans un des arbres. Et on roulait pas à 50. Reprenant nos esprits (j’étais en train de cuver derrière et je me suis retrouvé par terre entre les fauteuils et la banquette arrière) nous sommes sortis par le coffre pour constater qu’on irait pas danser au bal ce soir, ni emballer de la minette. Nous avons décuité aussi sec.

Pattimoine mondial

Le tout est produit par John Cale, ex Velvet Underground et qu’on retrouvera aux côtés de Brian Eno, The Modern Lovers, Nick Drake… Enfin bref un mec qui a du talent en plus de l’entregent (ça veut pas dire “avoir des couilles”). Cet album considéré comme un chef d’œuvre est conservé à la bibliothèque du Congrès dans le National Recording Registry pour sa haute importance culturelle. Il recevra le Grand Prix de l’Académie Charles Cros en France en 1975. Il figure en bonne place dans tous les palmarès des meilleurs albums de l’année, de la décennie, du siècle : Rolling Stones, NME, Time, The Observer.

Patti Smith Lyon 78
Avignon 79

2 commentaires Ajoutez le votre

  1. versusmag dit :

    Je viens de lire cet article sur Horses. C’est non seulement bien (comme d’hab) mais ça m’a rappelé d’excellents souvenirs. J’y étais aussi, à Avignon. Toi tu as failli finir dans un arbre (putain, tu nous l’avais jamais raconté), moi je n’ai fait que finir pieds nus. J’avais à l’époque ces sandales à la romaine ou la grecque, en tout cas à la mords-moi le nœud dans lesquels les pieds glissaient vu la chaleur et elles n’ont pas tenu le choc. Mais peu importe, c’était un sacré concert (pour ma part, c’était la première fois que je la voyais, après je l’ai revue à Fourvière des années plus tard, où c’était magique aussi).
    Bref, bravo pour le papier et les souvenirs.

  2. blackbonnie64 dit :

    Trouvant vos articles pertinents et talentueux, je me suis permis de mettre un lien de direction de chez moi vers chez vous. C’est dans le bandeau latéral droit, rubrique “Zamiblogs”: https://rockthebonnie.com/

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