LANA DEL REY – Poésie, citations, collages… – Episode 8 et fin

Lana Del Rey, Violet Bent Backwards Over The Grass

Lana Del Rey références et poésie

Les références continuelles au passé, à la musique, au cinéma et à la littérature constituent l’armature de l’univers de Lana Del Rey, sa manière de s’inscrire dans l’histoire et de se l’approprier pour offrir à son tour un récit traversé par sa sensibilité. Mais cette construction est si sophistiquée, voire alambiquée, qu’on peut passer à côté de bien des subtilités, d’autant que, comme David Lynch, elle aime cultiver l’étrange, le bizarre.
Plus qu’une parolière, Lana Del Rey est, à l’instar de Patti Smith, Lou Reed, Bob Dylan, Jim Morrison et d’autres, une poétesse, comme en témoigne ce vers de Summertime Sadness :

« Tu me manqueras toujours comme le soleil manque aux étoiles dans les cieux du matin ».

Elle a commencé très tôt, dans sa jeunesse, à écrire de la poésie et de la prose et a reçu un prix pour son recueil de poèmes publié en 2020.
Ses chansons intègrent parfois des réécritures de poèmes, comme Patti Smith l’a fait avec Rimbaud (Pissing In A River), Leonard Cohen avec García Lorca (Take This Walk), Lou Reed avec Sacher-Masoch (Venus In Furs), Kate Bush avec James Joyce (The Sensual World), etc. LDR va même jusqu’à réciter un poème entier de T. S. Eliot entre deux chansons.
Elle peut reprendre des phrases entières de paroliers et de romanciers. Les plus connues sont les premiers mots de Lolita de Nabokov : « Lumière de ma vie, feu de mes reins », mais aussi « Try to have fun in the meantime, come and take a walk on the wild side » de Lou Reed, « Ground control to Major Tom » de Bowie, « Lay lady lay » et « like a rolling stone » de Dylan, « in the sky with diamonds » des Beatles, “Diamonds are the girl’s best friends” chanté par Marilyn, « Summer’s almost gone » des Doors…
Dans une même chanson, voire dans une même strophe, on ne sait pas toujours qui parle, d’autant que LDR se met elle-même en scène sous différents rôles, parfois opposés (Marilyn et Jackie Kennedy dans National Anthem, Lolita et Humbert Humbert dans A&W). Les récits et les évocations se superposent, comme dans Video Games, où alternent des situations réelles et un fantasme, alors qu’on croit n’entendre qu’une seule histoire.

Lana Del Rey, Iggy Pop, Lust for Life

Lana Del Rey collages

Elle est aussi spécialiste des collages, parfois un peu kitsch comme dans Body Electric où elle résume : « Elvis est mon père, Marilyn est ma mère, Jésus est mon meilleur ami ».
Le tout figure sur un album intitulé Lust For Life, soit le même titre que celui d’Iggy Pop en 1977; elle en reprend même le style de la pochette avec ce sourire, probablement plus sarcastique que réjoui.

Au-delà du sens qu’elle leur donne, ces collages, citations et références ressemblent parfois à un clin d’œil, voire à une fanfaronnade du genre : « regardez ce que je vais vous faire », glissée au beau milieu d’une chanson désenchantée. Dans Tomorrow Never Came, par exemple, elle aligne Bob Dylan, Scott Fitzgerald et Henry Miller dans un seul vers :

« Lay lady lay, lay on the side of a paradise, in the Tropic of Cancer ».

À cela s’ajoute qu’il faut souvent voir le clip pour mieux comprendre la chanson, des clips « qui sont moins des illustrations de la musique que des extensions poétiques » (Numéro). Ils ont souvent l’allure sépia et la maladresse des vidéos amateurs et familiales des années 1960.
Ses références littéraires, cinématographiques et musicales sont innombrables, outre celles déjà citées dans le texte : Anthony Burgess, Allan Ginsberg, Kerouac, Sylvia Path, plusieurs poètes anglais et américains, notamment Walt Whithman et T.S. Elliot ainsi que Picasso, Wim Wenders, Dennis Hopper, James Dean, Angelina Jolie, Georgia O’Keef, Lennon et Yoko Ono et bien d’autres…

Lana Del Rey à Cannes 2012

Lana Del Rey. Hollywood Sadcore, Laszlo, Éditions La Ritournelle, coll. « La variation », 243 pages.
Confidences exclusives à J.-D. Beauvallet, in Les Inrockuptibles, n° 19, avril 2023.
Interviews, J.-D. Beauvallet, éditions Braquages, pages 145 à 155.
« Lana Del Rey : aux sources du plus grand mystère de la musique américaine », in Society, 26 février-11 mars 2026. Rédigé en mars 2026

Exemplaire interdit à la vente, même sous le manteau

FIN

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