John Katzenbach : “L’affaire du lieutenant Scott”

Ils sont 10.000 dans ce camp. 10.000 aviateurs qui ont perdu la bataille du ciel pour ce qui les concerne; «descendus» par l’aviation allemande. 10.000 prisonniers parqués dans les baraques d’un stalag en Bavière.

John Katzenbach from Princeton

L’affaire du lieutenant Scott est un roman surréaliste. En ce sens qu’il nous conte le déroulement d’une affaire criminelle en temps de guerre mais qui n’a qu’un rapport lointain avec le conflit proprement dit. Le tout se passant dans un camp de concentration nommé «stalag luft N°13».

Dans ce camp, les prisonniers appartiennent aux différentes forces aériennes des alliés. Et notamment les aviateurs américains qui représentent le gros de la troupe.

Un crime a été commis dans le secteur américain. La victime est un capitaine de l’US Air Force : Vincent Bedford, alias «Trader Vic» patronyme qu’on pourrait traduire par «Vic le commerçant». Trafiquant en tout genre; Bedford livre des infos aux allemands sur la vie des prisonniers dans les baraquements contre des avantages en nature qui améliorent le quotidien et qu’il «revend» à ses «copains». C’est un commerçant-mouchard extrêmement habile.

John Katzenbach, L'affaire du Lieutenant Scott

Pas tant que ça en fait car c’est lui la victime.

Nous sommes en 1944 et les noirs dans le civil comme à l’armée, n’ont pas du tout la cote aux États Unis. Même à des milliers de kilomètres de chez lui, le nègre (équivalent à l’époque du terme afro- américain) n’est pas bien vu du tout.

Pas étonnant donc que Lincoln Scott, lieutenant d’aviation, arrivé au camp de fraiche date, fournisse le coupable idéal : il est le seul dans le stalag à avoir la peau noire.
Alors c’est vrai que les blancs, Scott ne les porte pas dans son cœur. Il n’a parlé à personne depuis son arrivée et des dizaines de témoins l’ont vu à plusieurs reprises s’engueuler et en venir aux mains avec la victime.

Mais un sous-lieutenant (Tommy Hart) ne croit pas à sa culpabilité. Et pendant que le responsable des prisonniers américains et son adjoint fabriquent des preuves à charge contre Scott – preuves aussi fallacieuses les unes que les autres – Hart, jeune avocat n’ayant jamais plaidé dans le civil, essaie de trouver le coupable.

Résidence surveillée

Un roman de J Katzenbach

Bravant les projecteurs et les mitrailleuses juchées sur les miradors du stalag. Tommy Hart va obtenir un procès en bonne et due forme compte tenu des circonstances. En effet, cette cour martiale organisée dans l’urgence pour juger Scott n’a que les apparences de l’équité tant le racisme est présent chez 95% des prisonniers américains (tous présents lors du procès).

Tommy Hart se demandait s’il ne s’agissait pas d’une variante d’un scénario qui s’était déjà joué dans une dizaine de tribunaux ruraux, de la Floride à la Géorgie, dans les Caroline et le Tennessee, via l’Arkansas, le Mississippi et l’Alabama

John Katzenbach

Mine de rien, l’étudiant en droit va réussir jour après jour à retourner l’opinion d’une partie des prisonniers US, en les faisant douter de la culpabilité de Scott. Le Président du tribunal, le colonel Mc Namara est aussi le responsable de ces prisonniers. Et plus les jours passent, plus il rit jaune le colonel.

L'auteur en pleine signature

Comment oublier la présence au «tribunal» de Herr Hauptman Heinrich Visser, manchot venimeux, membre de la Gestapo, déguisé en aviateur de la Lutwaffe. «Il parlait d’une voix douce et conciliante mais ses yeux la contredisait». Visser qui a les pleins pouvoirs, vit sur place et mène son enquête parallèlement à celle des américains.

Le bout du tunnel

Chaque aviateur du stalag luft N°13 n’a qu’un objectif : s’évader. Les tunnels creusés depuis les baraques étaient nombreux mais chaque fois rebouchés par les nervis du stalag («les fouinards»), mystérieusement informés. «On ne s’évade pas du stalag luft N°13»

La fin de ce roman qu’on peut qualifier d’historique, est une plongée vertigineuse dans les profondeurs d’un tunnel qui mène à la liberté. C’est une histoire surréaliste que nous conte John Katzenbach avec «L’affaire du lieutenant Scott» .

On connaissait Katzenbach grâce à «Juste cause» puis «L’analyste». Encore une fois il nous emmène très loin avec cet opus et son scénario d’une solidité à toute épreuve, un brin hallucinant. JOUISSIF !!

L’Affaire du Lieutenant Scott – John Katzenbach – 720 pages (Pocket).

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