Christophe, paradis trouvé

C’est nul comme titre ! A chier ! Christophe, paradis trouvé… Pfff. Libé m’a piqué le bon titre que j’avais même noté quand Christophe est tombé malade. Je me suis dit que si il y passait j’aurais au moins un bon titre pour mon article. Vous l’avez vu le titre de Libé ? C’est “Christophe, l’émoi bleu”, balèze ! Je sais, merci mais je l’avais trouvé avant. Quoique c’est pas sûr car comme ils préparent les nécros 20 ans avant, ils avaient peut-être déjà mis le titre… ou pas.

Christophe en touriste

Je crois que c’est en 85. C’était la soirée et Christophe a débarqué dans les studios de la radio dans laquelle je travaillais. Comme ça. C’était pas prévu, il passait par là, ce soir il n’avait pas mis de veste. Comme j’étais le seul à être resté, mon directeur, après avoir papoté et bu un canon avec le chanteur, me l’a refilé en me demandant d’enregistrer quelques jingles ridicules du genre :”Bonjour, c’est Christophe et vous écoutez Radio Chrysanthèmes” ou “Bonjour, c’est Christophe. Vous êtes bien sur Radio Chrysanthèmes”. avec Aline en fond.

Christophe l'auteur d'Aline sur scène à l'Olympia

Le travail terminé on s’est mis à discuter tous les trois avec Edwige notre accueilleuse qui lui plaisait bien. Faut dire qu’elle était jolie. Tout à coup, notre Christophe se prend l’envie d’aller boire des canons dans Lyon by night. Il nous demande des bonnes adresses avec des bons whiskys et du champagne. Il veut nous emmener avec lui, pas de problème, il gère faut juste qu’on lui serve de guide. Pour ma part, j’ai refusé car j’étais levé depuis 4h du matin, j’assurais la matinale à 6h00 et je devais remettre ça le lendemain. Voilà pour l’excuse bidon.

Je veux partir avant que vienne l’heure
Je quitterai ce monde qui se meurt
Je veux mourir avant longtemps
Loin de ces bruits, loin de ces gens

Christophe – Le Temps de Vivre (1973)

Ringardos

Faut dire qu’à cette époque il n’était pas au mieux de sa forme artistique. Il avait écrit un tube pour Corynne Charby, Boule de Flipper, enregistré un album de reprises en français de grands standards américains, Clichés d’Amour (pas ce qu’il a fait de mieux) et sorti un 45 tours mignonnet, clin d’œil lubrique à Stéphanie de Monaco, Ne Raccroche Pas.

Il est vrai que je l’ai pris un peu de haut, le considérant plus comme un has-been que l’artiste qu’il était. Mais je ne me sens coupable que de bêlements avec le troupeau et ça me fait mal d’être passé à côté. A part Libé dont il gardait les numéros dans lesquels on parlait de lui, qui l’avait intégré à son écurie d’outsiders crédibles au même titre que Bashung, Manset, Murat,.

Et j’avais autre chose à faire.
Quand j’y pense aujourd’hui, que je soupèse le “autre chose à faire” d’un côté et l’invitation de Christophe de l’autre, je regrette de ne pas être parti en virée avec le roi des noctambules. Je m’en mords encore les coudes jusqu’au doigt.

Et j’ai crié, crié, é
Aline, faut qu’elle revienne.

Christophe – Aline (1965)

En 1996, il sort l’album Bevilacqua. Un petit succès commercial mais surtout réussite artistique et critique qui lui permettent de se remettre en selle avec ses bottes rouges, reprendre confiance en lui pour accoucher de Comme si la Terre Penchait cinq ans plus tard.

Christophe sur scène de Aline aux vestiges du chaos

Christophe fait tapis et gagne

En 2002, il remonte sur scène pour la première fois depuis 26 ans pour une série de concerts majestueux à l’Olympia. Juste avant il avait sorti le fameux et magnifique album Comme si la Terre Penchait. La carrière de Christophe est relancée. En plus d’une espèce de crédibilité retrouvée auprès de toute l’intelligentsia culturelle dont il se fout éperdument d’ailleurs, les concerts à l’Olympia et la tournée qui suivra contribueront à exhumer l’immense répertoire de Christophe, tubes et moins tubes. Celui qui est arrivé à, entre autres, sublimer le ringard, réhabiliter le kitsch, vivait et créait la nuit. Il se considérait comme un sculpteur de sons et pouvait passait des heures à batailler sur un son de batterie, d’une corde de guitare, d’un synthé. Il pensait la même chose de sa voix ne se prenant jamais pour un chanteur mais pour un émetteur de son. Et il faut bien admettre que c’était un putain de mélodiste de génie. Son esprit ouvert, curieux de tout, il était fou de cinéma, de blues, de sons, de rock, de Bowie, de Lou Reed (il écrira une chanson en hommage, Lou).

Laurie joue du violon
La radio dit de partir
Mais Lou ça l’fait rire
Comme s’il voulait en finir, en finir
Lou finit son Kata
Et plonge dans l’au-delà

Christophe – Lou (2016)

Cette saloperie de Covid nous l’a enlevé alors que je suis sûr qu’il en avait encore sous l’pied. Dommage. Il est mort en écoutant Heroes par Bowie et Perfect Day par Lou Reed.
Comme on va être inondés de Aline, de Mots Bleus, de Paradis Perdus (au lendemain de sa mort, je viens d’avoir droit déjà à 2 versions de Les Paradis Perdus par Bauer et Aubert. Merde, les mecs, vous êtes des artistes, des musiciens, soyez originaux !) par nos chers médias qui ne pensent qu’à nourrir le troupeau sans l’effrayer, je vous propose une playlist spéciale qui vous permettra, si ce n’est déjà fait, de jeter une oreille sur l’immense talent du dernier des Bevilacqua.

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