MARIUS d’Alexandre Korda – 1931

Récemment, un ami me disait (tiens, ça devait être Globrocker) que nos chroniques sur les disques ou les films que nous aimions étaient en quelque sorte des testaments. Des textes que nos enfants, nos familles liraient plus tard après notre mort pour mieux connaître ce qui nous nourrissait, nous touchait, nous plaisait, nous émouvait. Ce qu’on kiffait, pour reprendre un terme usité il n’y a pas si longtemps et déjà ringardisé.

En discutant, nous en avons convenu : il s’agissait aussi de se faire plaisir en écrivant librement sur un sujet qui nous attirait. Sans se forcer. Sans verser dans le convenu. Presque en écrivant : voilà, c’est ça qui me plaît, et puis merde, surtout si vous pensez le contraire !

MFAM #7 – MARIUS – Alexandre KordaAffiche Marius de Korda

Marius

Si je désire aujourd’hui vous parler de « Marius », le vrai, la version de Pagnol/Korda tournée en 1931 et pas la resucée de 2013 de Daniel Auteuil, que j’avoue n’avoir pas eu envie de voir — on dirait une ligne tirée de « La Javanaise » —, c’est que je garde un souvenir particulier de ma première vision de ce film.

Je devais avoir guère plus de 12 ou 13 ans et nous étions en visite chez des cousins dans un petit bled des Pyrénées-Orientales. Ils ne possédaient pas de télé et je savais que ce soir-là y passait, sans doute dans le cadre de cette fabuleuse émission d’Armand Panigel qui m’a ouvert au cinéma classique, le « Marius » de Pagnol que je n’avais jamais vu. Ce sont surtout les souvenirs liés à la vision du film plus que le film lui-même qui me reviennent. J’étais allé avec mon père et mon cousin, aujourd’hui tous deux Six Feet Under, voir « Marius » dans un bistrot. Pendant que mon père et mon cousin discutaient, que les vieux Catalans autour de nous tapaient le carton et que les bruits derrière le comptoir envahissaient l’espace, je me fixais sur « Tu me fends le cœur » ou sur « La marine française elle te dit merde » en lisant davantage les dialogues sur les lèvres de César et d’Escartefigue qu’en les entendant vraiment.

Marius sur le port

Panisse et M Brun

Marius la partie de coeur

Mon panthéon

J’ai revu depuis quelques fois le film. Pas tant que ça, d’ailleurs. Certes, la technique cinématographique a vieilli, bien que la réalisation ait été confiée au grand Alexandre Korda, immense cinéaste et producteur anglais d’origine hongroise. Certes, les images ne sont pas très nettes, le son est sourd mais quels acteurs, quels dialogues. Quel plaisir !

Petit retour sur Armand Panigel et son émission. Dans les années soixante-dix, nous avons appris le cinéma grâce à la télévision qui, à l’époque, remplissait son rôle éducatif. Le générique de l’émission était un florilège des meilleures répliques du cinéma français des années trente et quarante. Atmosphère, atmosphère… Mon cher cousin, vous avez dit bizarre ! Tout condamné à mort aura la tête tranchée… etc, etc. C’était un abécédaire par lequel nous apprenions à écrire et à aimer. Avec le Ciné-Club de Claude-Jean Philippe puis Le cinéma de minuit de Patrick Brion puis La dernière séance d’Eddy Mitchell et Gérard Jourd’hui, nous étions à l’école du plaisir. Nous faisions nos gammes sans que cela nous pèse. Nous partions à la découverte de continents inconnus. « Marius » est un des trésors découverts à cette époque et le film fait toujours aujourd’hui partie de mon panthéon.


Notre Kani a un train de retard concernant la qualité. Le film a été restauré ! (Glob)

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