Magma

Dans les années 70, les séveuntizzzz, j’étais fan hard-core de progressive rock. Plus c’était tordu, plus j’aimais ça. Ou du moins, pour ne pas perdre la face devant les potes qui comprenaient que dalle, je faisais illusion pour certains trucs quand même imbitables. Je ne citerai pas de nom, non, non. Ou alors, au hasard… Et puis non.

Si, je me souviens d’un album que j’avais acheté en Angleterre, de Brian Eno et Robert Fripp qui s’intitule No Pussyfooting, considéré comme l’œuvre fondatrice du courant musical appelé ambient. Tout un programme et, faut le dire, c’était chiant. Mais j’écoutais ça religieusement et mes copains subissaient. D’ailleurs, je me rends compte qu’ils devaient bien m’aimer car je leur en ai fait avaler des couleuvres… Merci les gars.

Ange ou Magma ?

Donc à cette époque, côté français, dans le genre, il y avait Ange et Magma. Et moi, j’étais plutôt Ange. J’adorais les albums de la famille Descamps. Faut avouer qu’ils ont pondu quelques petits chef d’œuvre de musique alambiquée, mais c’est une autre histoire.

Je n’écoutais pas Magma. Ces personnages tout de noir vêtus, chevelus, hirsutes et barbus me faisaient peur. Ils portaient autour du coup un gri-gri griffeux. En plus d’être à l’origine du style musical Zeuhl, ils chantaient en Kobaïen. Rien que dans cette phrase, il y a trop de mots qui me font flipper. Le groupe est formé en 1969 par Christian Vander. Batteur, chanteur, compositeur, il en devient rapidement le leader. Il se distingue par son charisme, sa technique  et son énergie derrière les fûts. Estimant que la langue française n’était pas assez expressive pour sa musique influencée par Coltrane (son Dieu), Stravinsky, Wagner, le jazz-rock et le chant choral, il crée le Kobaïen langue imaginaire aux consonances slaves et germanique. Il faut convenir qu’à partir de ce moment-là, Christian Vander est perçu comme un musicien intello mais aussi comme le gourou, le guide spirituel d’un groupe qui verra passer dans ses rangs plus de 150 musiciens différents et les révèlera : Jannick Top, Michel Graillier, Claude Engel, Bernard Paganotti, Didier Lockwood, François « Faton » Cahen, Yohk’o Seffer, Claude Salmiéri, etc.

A cette époque, malgré ma recherche snobinarde et constante de musiques tordues, je n’écoutais pas Magma. Va comprendre Charles !
Il y a 3 mois, dans un lot de vinyles 33 tours acheté dans un vide grenier, il y avait un Magma. Pas n’importe lequel, Mekanïk Destruktïw Kommandöh, considéré comme la pierre angulaire de leur œuvre parue en 1973. Donc, je l’ai écouté. Enfin ! Du début à la fin, totalement envoûté par cette musique épique, galvanisante, martial, sauvage… Voilà, j’ai découvert Magma ! Allez Louya ! Je ne suis plus puceau.

French Touch

Magma - Jazz à Vienne 2018

Jazz à Vienne 2018, programmait une soirée French Touch avec Thomas de Pourquery (on buvait des canons, on est arrivé à la fin, mais ça déménageait pas mal. Excellent même !) et Magma. Le retour. Une belle occasion de découvrir la bête dans son élément, la scène. Je n’ai pas été déçu. Le show proposé fait bien penser à la lave en fusion qui vient se déverser sauvagement dans les eaux fraîches.
Pendant plus de deux heures, le groupe autour de Christian Vander va interpréter les classiques du groupe et quelques nouveautés. Ne me demandait pas les titres joués. En plus c’est en Kobaïen ! Ceci dit y’avait des mecs qui chantaient. En Kobaïen . Mieux que les groupies de Bruel.

Parce que Magma a remis le couvert en 1996 avec des nouveaux albums, une tournée, The Endless Tour  en 2015 qui passera par Pékin, New-York, Santiago, Mexico… Des salles pleines et un public de plus en plus jeune. Après Vienne retour en studio pour enregistrer un nouvel opus et arriver en 2019 pour fêter les 50 ans d’existence.

Un show de Magma ce n’est pas un enfilage de titres ponctué de quelques discours bavards et démagos mais plutôt une longue œuvre composée de morceaux pris sur les albums et joués enchaînés les uns aux autres selon l’humeur, selon le temps, selon la forme. 8 musiciens sur scène mais toute l’attention se porte sur le charismatique Christian Vander. Nous avons la chance aujourd’hui de voir sur écran géant la performance du batteur fou. Ce qui n’était pas la cas il y a quelques années et il fallait être sacrément bien placé pour assister au mieux au numéro de l’artiste. Complètement habité par sa musique, limite en trance, Vander en a encore sous la pédale (de grosse caisse) et malgré son âge avancé reste l’appui solide du groupe qui l’est tout autant.

Assister à un concert de Magma c’est passer du rock au jazz, de la fusion à l’opéra, du mantra au free, sans douleur, tout ça en Kobaïen. Pour écouter Magma, il faut être ouvert d’esprit, aimer la musique, le mélange des genres, la fusion, si ce n’est pas votre cas, passez votre chemin. Ou alors faites un effort, vous y gagnerez.

Le site de MAGMA

Magma formation 2018
En formation 2018 autour du patriarche Christian Vander (dms, voc) : Stella Vander (voc), Isabelle Feuillebois (voc), Hervé Aknin (voc), Jérôme Martineau (p), Benoit Alziary (vb), Rudy Blas (g), Philippe Bussonnet (b)

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