Lettre ouverte aux fictionneurs

Hé ! Vous, les narrateurs, les romanciers, les scénaristes, les auteurs, c’est à vous que je m’adresse. Si le français me force à utiliser le masculin, je ne vous oublie pas, chères narratrices, romancières, scénaristes et réalisatrices, vous qui toutes et tous avaient fait de la fiction votre pain quotidien. Que se passe-t-il, les gars et les filles ? Vous êtes à sec ? L’inspiration est en panne ?

Retour du festival de Cannes

Je rentre de Cannes et, à l’image du palmarès, les films furent bien tristes, sans sursauts — si ce n’est quelques-uns, très rares —, sans rien qui ne puisse se comparer à la réalité de tous les jours, celle d’un état d’urgence, de militaires armés croisés tout le temps, de contrôles incessants où entrer dans le palais des festivals était beaucoup moins facile que dans un aéroport. Croyez-vous, narrateurs, romanciers, scénaristes, auteurs, fictionneurs, qu’après cela, vos petites histoires tiennent la route ? Nous mettent en émoi ? Entendons-nous bien, je ne vous demande pas des films de guerre et d’état d’urgence ! Simplement des films qui nous ouvrent quelques horizons moins bouchés, qui fassent la part belle à l’imagination. L’imagination ! Voilà bien le mot, ce traître qui vous fait rougir car vous en avez de moins en moins, de l’imagination. Et quand bien même vous en faites preuve, voici que tous vos confrères vous tombent sur le râble pour tel ou tel motif en criant au scandale. On aime la polémique à présent, beaucoup plus que l’imagination.

Palme Cannes 2017

Ce fut une évidence. Les spectateurs de films et de séries trouvèrent meilleur, ces derniers mois, de suivre une campagne présidentielle riche en rebondissements que de regarder une énième version d’une histoire vue et revue. Souvent, de nos jours, le cinéma et la télé se contentent de reprendre des sujets ayant fait leur preuve par le passé.

Un exemple : le prix de la mise en scène attribué, lors du dernier festival de Cannes, à Sofia Coppola pour The Beguiled (Les proies). Pincez-moi, je rêve. Ce n’est pas que le film soit mauvais, il n’est juste qu’inodore et sans saveur. Dites-moi, lorsque vous êtes un auteur (et la petite Sofia peut mériter cet attribut, elle l’a prouvé par le passé), croyez-vous qu’il soit bon de se pencher sur la feuille de son petit camarade et de la recopier allègrement, comme au bon temps de nos dictées scolaires ?

Copier/Coller

The Beguiled ? Le film existait et datait de 1971. Il était en couleurs et parlant, donc pas trop démodé pour être revu aujourd’hui. Il était signé par Don Siegel, un monsieur qui est loin d’être un manche en matière de pelloche. Il était interprété par Clint Eastwood qui, 48 ans après, est toujours une star et attire toujours du public dans les salles. Pourquoi le refaire, alors, sans en changer un iota ? Pas la moindre petite note qui nous ferait remarquer combien Sofia marque de sa patte le sujet. Pas la moindre appropriation de ce standard du cinéma américain. Vous savez ? Vous allez dire que je déconne mais c’est comme si Patrick Bruel se mettait en tête d’enregistrer tout un disque où il reprendrait le répertoire de Barbara sans rien y apporter si ce n’est sa voix qui remplacerait celle de la dame en noir. Comment ? Pardon ? Vous dites que c’est déjà fait ? C’est vrai ? Je ne comprends plus notre époque ! Alors, d’accord, je me tais et je remets tout ce que je viens de dire dans ma culotte. mais je n’en pense pas moins !

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