INVASION LOS ANGELES (They Live) de John Carpenter – 1988

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C’est un type qui se balade dans la rue et qui trouve des lunettes de soleil. Alors, comme une paire de vieilles pompes, il les chausse. Précision : le mec s’appelle John Nada, c’est vous dire s’il est revenu de tout ! Donc, une fois les lunettes sur le nez, il sort de son impasse pour humer l’air frais de la grande ville. Et là, stupeur : il voit pour la première fois le vrai visage de la publicité. CONSOMME !, est-il écrit en capitales. Il n’en croit bien sûr pas ses yeux, enlève les lunettes, regarde le panneau où il voit une marque habituelle, repose les lunettes sur son nez et… CONSOMME ! Partout, sur tous les murs de la rue, sur les premières pages des journaux vendus dans les kiosques, sur les banderoles traînées par des avions dans le ciel ne sont que des injonctions :

CONSOMME ! OBÉIS ! NE RÉFLÉCHIS PAS ! RESTE ENDORMI ! SOUMETS-TOI ! CONFORME-TOI !

Pire que tout, en tout cas pour un Américain moyen de cette époque : même la télé est infectée!

REGARDE LA TV,

lit-on encore.
Et ces gens curieux qui, une fois les lunettes enlevées, ont l’air tout à fait normaux ? Reposez-vous les lunettes sur le blaze et vous verrez leur vrai visage : une tête de mort !

Invasion Los Angeles affiche
MFAM #10 – INVASION LOS ANGELES (They Live) – John Carpenter

Cœur de rocker

On appréciait jusqu’à présent John Carpenter, le plus rockeur des cinéastes américains qui compose lui-même ses propres bandes originales, pour ses inventions scénaristiques, son humour, la décontraction de ses héros, sa maîtrise des trucages (Putain ! « The Thing », je l’ai revu il n’y a pas si longtemps à une nuit de l’horreur présentée par Alain Chabat, et c’est toujours aussi bon et aussi bien fait)… Et bien là, les ami-e-s (décidément, je ne m’y fais pas à cette connerie d’écriture inclusive), en 1988, avec « They Live », le p’tit père Carpenter franchit une étape supplémentaire en plongeant un peu plus dans la subversion. Depuis Paul Verhoeven et sa longue suite de chefs-d’œuvres, le cinéma américain grand public n’avait pas connu grand chose de « menaçant pour l’ordre établi », puisque telle est la définition de subversif.

They Live John Carpenter Obey

Chewing-gum et castagne

Ôtez les méchants Aliens du film et remplacez-les par de bons capitalistes et vous aurez une bonne image de la société mondiale. Le plus marrant, c’est que Carpenter ne fait pas de son personnage un intellectuel réfléchi. C’est un bon gros bourrin incarné par un catcheur, Roddy Piper, qui nous a quittés, paix à ses cendres, en 2015 et qui a droit à notre reconnaissance éternelle pour ce film. Ce Musklor de service a du mal à croire ce qu’il voit et lorsqu’il veut convaincre son pote Keith David de regarder à son tour à travers les lunettes magiques, c’est à grands coups de poings dans la gueule que les deux argumentent le pour et le contre. Des intellos plus proches de Rambo/Rocky que de Merleau-Ponty, ayant plus d’atomes crochus avec de gros cons qu’avec Lacan. Avec, pour phrase du jour, l’impérissable « Je suis venu pour mâcher du chewing gum et castagner… Mais je n’ai plus de chewing gum ! » Impayable, ce John Nada !

Invasion Los Angeles - Keith David & Roddy Piper

Invasion Los Angeles - John Nada

« They Live » est sans doute un petit film et ce petit film est assimilable à une série B. Ce qui est le meilleur des hommages que l’on puisse lui rendre. Car, la plupart du temps, ce ne sont évidemment ni les blockbusters ni les grands films des majors qui, à quelques exceptions près, sont porteurs de messages explosifs. Mais bien les séries B. Et cette série B-là, les ami-e-s, vaut largement un grand film.

Invasion Los Angeles - John Carpenter

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