Christophe et Michel

Longtemps considérés comme des chanteurs de variétés pour minettes mal baisées et boutonneuses (ceci expliquant peut-être cela) parce qu’ils caracolaient en tête des hit-parades truqués avec des chansonnettes taillées comme des mauvaises pipes dans les toilettes du Macumba un samedi soir, Christophe et Michel Polnareff ont gagnés leurs galons à force d’albums géants et de performances scéniques remarquables.
Dans les années 70, grâce à leur passage à l’Olympia, ils montrèrent à la France qu’il fallait les considérer comme de véritables artistes, peut-être même les meilleurs de la scène française.

Po Polnareff

Polnareff montra son cul sur les affiches, voulu faire sa révolution, sorti un album live témoin de ces années fastes et du s’exiler aux États-Unis poursuivi par le fisc, ruiné mais crédible. Polnarevolution, enregistré à la va vite est un sacré bon album regroupant tous les tubes du myope entouré d’un vrai groupe de rock (Dynastie Chrisis). Plus d’arrangements sirupeux mais des versions brutes allant à l’essentiel donnant une autre dimension aux chansons géniales de Polnareff. C’était en 72.

Michel Polnareff à l'Olympia


25 ans de galères plus tard, Polnareff revenait avec un nouvel album live enregistré au Roxy, club mythique d’Hollywood. La recette est la même : les zicos sont ricains cette fois, des pointures qui l’entourent et revisitent le répertoire pour un album propre, espèce de best-of destiné à relancer la carrière moribonde du porte parole d’Afflelou.

Enfin, mais c’était pas obligé

Depuis plus rien ou pas grand chose. L’homme est en mal d’inspiration et continue de se débattre avec ses démons, avec le Fisc, avec les femmes, avec sa musique. Après un feuilleton à rebondissements – y-sort-y-sort-pas – Polnareff livre enfin un album à ses fans en 2019, intitulé Enfin!. Une grosse daube boursouflée que je n’ai pas pu écouté au delà de la 1ère minute de chaque morceau. C’est donc bien un album pour ses fans, même si Dahan en a fait le disque du mois dans Rock And Folk en lui attribuant 5 étoiles qui signifie album incontournable. Mais comme c’est Dahan, journaliste grand admirateur de Bowie, j’y suis retourné en me disant que quelque chose m’avait peut-être échappé. Verdict, désolé mais je vais continuer à le contourner et j’y arrive très facilement.

Christophe Bevilacqua

Pour Christophe le parcours est différent. Alignant tubes sur tubes dont le fameux Aline qui a lui tout seul devrait le faire vivre chichement jusqu’à la fin des temps, il trouve respect, reconnaissance et crédibilité grâce à ses deux spectacles donnés à l’Olympia en 1974 qui viennent couronner ses deux fantastiques albums Jarrien Les Paradis perdus et Les Mots bleus.

Olympia I

Accompagné par des fines lames inconnues dont le guitariste Patrick Tison, le spectacle est mis en scène par l’illusionniste Dominique Webb et permettra à Chistophe de se révéler comme un musicien accompli, furieux mélodiste des textes de Jean-Michel Jarre (Les Mots Bleus, Les Paradis Perdus, Senorita…) quand il n’est pas lui-même auteur et compositeur. L’album témoin sort dans la foulée et c’est le début d’une nouvelle carrière pour le dandy qui alignera par la suite des albums de qualité, beaux et ténébreux, faisant appel à des paroliers de talent comme Boris Bergman.

Puis plus rien.

Christophe s’enferme dans son studio, triturant les sons, manipulant ses potards pour accoucher de quelques albums osés et touchants jusqu’au dernier Comme si la terre penchait.

Olympia II

L’accueil critique est unanime. L’album est grandiose et confirme le côté marginal de l’auteur. D’ailleurs, le succès commercial n’est pas à la hauteur mais qu’importe. Il permettra quand même au dernier des Bevilacqua de réintégrer l’Olympia après 27 ans d’absence pour nous offrir un double album magique Olympia 2002.

Christophe à l'Olympia en 1974

Cette fois-ci tous les succès sont au rendez-vous autour des morceaux judicieusement choisis du dernier album.
Dotés d’arrangements fins et ciselés, portés par une voix voilée par la nicotine et autres substances illicites plus hésitante mais toujours aussi émouvante, les titres s’enchaînent comme des repères, les balises d’une carrière irréprochable, montrant un chemin bordés de paysages différents mais riches de beautés et de trésors insoupçonnés. Même Aline prend une tout autre dimension avec ses arrangements intimistes.
Et la Dolce Vita, le slow qui tue, la mélodie imparable qui accompagne l’oiseau de nuit en chasse dans les rues sombres.
Succès fou comme on en rêve tous, le charme, ça fait vraiment tout.
Et puis Les marionnettes, les Paradis Perdus, les Mots Bleus, la petite fille du troisième ou du soleil, au total 24 titres de plaisir.

L’homme a vieillit, physiquement il paye comptant ses excès passés mais content d’être toujours là, il dédie cet album à Patrice Tison disparu en 2001, « mais son âme reste à jamais le souffle de mes créations. » et rappelle à ses côtés les artisans de l’Olympia seventies : Francis Dreyfuss pour la production, Didier Bâtard à la basse, Bunny à la batterie, pour entourer des p’tits jeunes respectueux.

Profitant de ce regain d’intérêt et de royalties, réglant quelques dettes de jeu, achetant juke-box ou bolides qui manquent à sa collection, il s’enfermera dans son studio pour ne revenir à dose homéopathique avec des albums remarquables concoctés dans sa cave.

Christophe Comme si la terre penchait

Merci Christophe et Michel

Ces deux géants de la chanson française, de la pop franchouillarde, du rock tricolore, nous ont laissé un monceau de tubes et de joyaux qui pour le coup sont vraiment incontournables.

On a largement de quoi écouter tant ces deux là ont été prolifiques et talentueux. Michel, va en paix, je te pardonne tes erreurs récentes, Cricri, merci d’être venu et à la prochaine.

Christophe en concert à Lyon

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