Stevie Nicks, ma sorcière bien-aimée

La scène se passe dans un pub.

Dewey Finn, artiste musicien et chanteur, fan de bon rock mais à la carrière complètement ratée, se fait passer pour un instituteur remplaçant, histoire de se faire un peu d’argent. Il découvre alors le talent musical des élèves de sa classe et décide, en secret, de monter un groupe avec eux afin de participer à un concours. Mais il faut réussir à convaincre la directrice du collège, très coincée…sauf quand elle a bu quelques bières et qu’elle écoute Stevie Nicks !

L’excellent film School of Rock nous offre alors un dialogue savoureux entre l’acteur principal, Jack Black, et la comédienne Joan Cusack, qui rend hommage au titre « Edge of Seventeen » :

J’ai décidé de nommer Stevie Nicks première Drôle de Dame des Jasmine’s Angels.

Née en 1948 à Phoenix en Arizona, elle connait une belle carrière solo, mais c’est au sein du groupe Fleetwood Mac qu’elle va se faire connaitre en 1974. Elle est alors en couple avec le guitariste Lindsey Buckingham, ils jouent tous deux dans des groupes, galèrent, vivent de petits boulots, tentent un premier album de musique qui ne marchera pas. C’est à cette époque que Stevie Nicks commence à écrire des textes, notamment les chansons Rhiannon  et Landslide, inspirée certainement par les paysages montagneux des Rocheuses où elle vit maintenant avec son compagnon.

Fleetwood Mac avec Stevie Nicks

Au même moment, Mick Fleetwood cherche un studio pour enregistrer le prochain album de son groupe Fleetwood Mac ; il se retrouve alors à Los Angeles dans le studio où Stevie et Lindsey ont enregistré leur album, il entend une de leur chanson qu’il va adorer, et Fleetwood demande à Lindsey Buckingham de venir jouer dans son groupe. Celui-ci accepte à condition que Stevie Nicks vienne aussi. L’autre, ça ne l’enchante pas car il n’a pas vraiment besoin d’une chanteuse. Bref, Stevie finit par rejoindre Fleetwood Mac et on imagine qu’elle n’est pas accueillie à bras ouverts.

Mais le hasard fait bien les choses.

Le succès est au rendez-vous et Stevie Nicks, au sein du groupe Fleetwood Mac, peut enregistrer ses créations Rhiannon et Landslide, qui deviennent de grands succès. Parmi toutes les chansons de cette artiste, Landslide reste une de mes préférées, j’adore cette ballade, ces paroles pleines de questionnements et de mélancolie.

La Sorcière de Fleetwood Mac

Stevie Nicks c’est d’abord une voix unique, reconnaissable entre toutes, à la fois acidulée et rocailleuse, puissante et douce.

Elle va alors travailler son look de scène : jupes fluides, châles, bottes à semelles compensées ; elle adopte un look de plus en plus sombre et ésotérique et sera rapidement cataloguée comme sorcière par l’Amérique bien-pensante des années 70 qui rejette ce genre de références et voit les traces du diable dans les détails (concerts de rock, cheveux longs, émancipation sexuelle, pilule contraceptive…). Notre chanteuse aura beau expliquer qu’elle porte du noir « parce que ça l’amincissait ! », cela n’empêchera pas ses détracteurs de la harceler de messages menaçants : « Sale sorcière, tu dois mourir ! » ou de la nommer « suppôt de Satan » !

Stevie Nicks live

Ces menaces ahurissantes montrent tout le symbole que représente Stevie Nicks fin des années 70 et début des années 80 : une femme artiste charismatique, libre, qui vit sa vie hors du joug patriarcal, émancipée de son ex-mari musicien… car tout va bien dans sa vie d’artiste sauf dans son couple puisqu’elle se sépare de Lyndsey en 1976.

Je passe sur les histoires de cul, de couple, de séparation dans le groupe, car comme dirait l’autre, cela ne nous regarde pas. Malgré tout, les artistes de Fleetwood Mac continuent à travailler ensemble. Et c’est dans cette ambiance tendue que le groupe va enregistrer son meilleur album Rumours en 1976, un immense succès commercial qui sera vendu à plus de 42 millions d’exemplaires. Stevie continue à écrire et ça marche : Dreams, Gold Dust Woman, Silver Springs, Sara en 1979.

Drogue et carrière solo

Stevie commence à réfléchir à une carrière solo et sort son album Bella Donna en 1981. Elle s’entoure de supers musiciens (ceux de Bruce Springsteen ou des Eagles) et rencontre un très gros succès critique et commercial, vend des millions d’exemplaires aux USA et en Europe.

Notre rockeuse fera certes une carrière solo mais n’abandonnera jamais son groupe Fleetwood Mac. Elle ne tombera jamais non plus dans le piège de la pop mainstream et restera avant tout auteur compositrice, pour qui les textes et la musique sont importants. Tout au long des années 80, elle va continuer à écrire, chanter, et succès oblige, fera de grandes tournées.

« Je suis venue ici pour une raison.
Je ne suis pas venue ici pour être mère.
Je ne suis pas venue ici pour être nonne.
Et je ne suis pas venue ici pour être femme de ménage.
Je venue ici pour être poète »

Stevie Nicks 1979

Comme toute chanteuse rock qui se respecte, Stevie Nicks va plonger dans l’alcool et la drogue. Malheureusement, toutes ces daubes vont endommager sa voix, affecter son attitude sur scène. Pour s’en sortir, elle se fait traiter dans un centre de désintoxication. Elle arrête la drogue mais prend des médicaments, beaucoup de médicaments.

Fleetwood Mac continue à sortir des albums, Stevie continue à écrire, jusque dans les années 90. Elle a pris du poids, le public se fout d’elle, elle décide de se désintoxiquer à nouveau non pas de la cocaïne mais du médicament Rivotril (un vrai fléau aux States), et telle une vraie guerrière, s’en sortira.

Stevie Nicks à la rose

En 2001, durant toutes ces galères, elle n’arrêtera pas d’écrire, de chanter, et sort Trouble in Shandri-La, grand come-back commercial et artistique. Elle continue aussi au sein de Fleetwood Mac, fait des tournées, sort des compilations, travaille en 2009 avec Dave Stewart, membre du groupe Eurythmics, et sort un bel album salué par la critique, intitulé In your Dreams.

2014, c’est son 8ème album solo, une nouvelle tournée avec Fleedwood Mac, un duo avec Lana Del Rey. Et son apparition remarquée dans la série American Horror Story : The Coven de Ryan Murphy, qui met en scène un clan de sorcières à l’époque contemporaine. Petit clin d’œil donc à ces rumeurs de sorcellerie qui lui auront pourri une partie de sa vie !

Breaking the chains

J’ai adoré me plonger dans la vie incroyable de cette belle artiste, femme sensible mais qui mène sa carrière d’une main de maître malgré les rumeurs, la drogue, les séparations. Elle a su rester fidèle à son groupe et à son public, à son art.

Stevie Nicks sera intronisée deux fois au Rock and Roll Hall of Fame pour sa carrière solo.

« J’ai fait le choix de ne pas être mariée et de ne pas avoir d’enfants, parce que je voulais être et rester une grande star du rock. Et les gens peuvent m’en vouloir d’avoir dit cela, mais je n’avais vraiment pas le sentiment que je pouvais faire les deux. J’aurais été, je pense, une mère formidable et je n’aurais pas mis ma carrière au premier plan si j’avais eu un bébé (…) Même à l’époque où j’étais droguée, je ne suis pas partie. J’ai quand même fait des tournées, des interviews. Je n’ai jamais abandonné le combat. C’est pour ça que je suis comme ça aujourd’hui, parce que je ne suis pas partie. Et je pense avoir fait le bon choix » (2002).

Un commentaire Ajoutez le votre

  1. blackbonnie64 dit :

    Merci pour le zoom sur cette grande artiste que j’adore, evidemment!

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