Les merveilles de Juliette

« Le dernier jour du disco,
Je veux le passer sur ta peau,
A rougir,
Comme un coquelicot… »

Juliette Armanet

« Tout au long de l’histoire, seules deux questions ont amené les êtres humains à s’entre-tuer : Jusqu’à quel point m’aimes-tu ? Et : Qui commande ? » (Mange, prie, aime Elisabeth Gilbert)

Juliette Armanet

Que celui qui n’a jamais connu de rupture amoureuse me jette la première pierre.

Lorsque le cœur en prend un coup, que les plumes tombent les unes après les autres. On se retrouve nue, sans artifice, hébétée, à se demander ce que l’on fout là à pleurer comme une gamine. Tantôt pleine de colère et d’amertume, tantôt adoucie, prête à pardonner. Avec aussi cette envie de disparaitre de la circulation tout simplement, prendre sa voiture et rouler tout droit et tant pis si le chemin se termine par une falaise avec en bas, un océan déchainé qui vous avalera toute crue.

Et puis, il y en a d’autres qui décident de s’assoir à un piano et de composer. C’est ce qu’a fait Juliette Armanet il y a trois ans : « J’avais le choix entre me consommer dans les flammes d’une rupture ou incendier mes chansons, ce que j’ai fait » (Madame Figaro). Et après avoir accouché d’un petit garçon, la voilà qui donne naissance également à un album superbe. Le genre de création qui me redonne de l’espoir dans la variété française. Une nana qui sait écrire, composer, chanter d’une voix cristalline que tout est fini certes mais que la vie continue, la preuve !

C’est la patte de Juliette Armanet.

Parvenir à écrire en texte et en musique ce que l’on ressent du plus profond de notre être et que l’on n’arrive pas toujours à exprimer.

Comme la solitude et l’attente de l’être aimé : « Solo sur mon île, sur ma plage, J’me tiens plus qu’à un fil, J’ramasse mon coquillage fragile (…) Où es-tu mon alter, où es-tu mon mégot, Pour moi t’étais ma mère mon père mon rodéo Je traverse le désert, l’amour en solitaire… »

Ou bien encore, cet amour que l’on ne peut pas vivre : «A la folie, je serre ton corps contre mon corps Quelques minutes d’or Le temps de précieux accords Bal fragile, cœur immobile J’vais sur la musique Comme sur un fil… »

Comme l’écrit Semoule en commentaire sur Youtube : « Je sais pas ce que je fous là, j’écoute plutôt du métal, de l’électro et du classique en temps normal (…), Allez, je vais réécouter une 5ème fois. Bravo, c’est excellent. » C’est le miracle Juliette Armanet ! Elle réussit à réunir les cœurs parce qu’elle parle de choses qui nous touchent tous, que l’on soit rock, électro, rap ou jazz. Elle est sincère, authentique, et musicienne.

Fille du compositeur Jean-Pierre Armanet, elle avoue avoir « des parents marrants, ouverts d’esprit et passionnés par la musique ». Forcément, ça aide à s’épanouir. Après avoir été journaliste pendant six ans pour Arte et France Culture, elle gagne en 2014 le concours de musique organisé par les Inrocks « inRocKs lab 2014 » et sort son premier album Petite Amie en avril 2017.

Armanet et sa queue de cheval

Petite Amie est un album intimiste, amoureux, un brun mélancolique. Certains ricaneront devant des textes un peu naïfs, terriblement adolescents (Sous la pluie). Un piano-voix qui fait tant de bien dans cette société idiote et bruyante, mais aussi de jolies mélodies dotées d’une très bonne orchestration. Les textes sont travaillés, poétiques. Avec son disque de platine et sa Victoire de l’album révélation de l’année, Juliette Armanet ne prend pas la grosse tête pour autant. Celle que les journalistes nomment «la fille cachée de Sanson et Berger autant que l’héritière de Souchon et Sheller » continue sa route musicale agrémentée ça et là de duos émouvants, avec les artistes qu’elle vénère et à qui elle aime rendre hommage (Véronique Sanson, Eddy Mitchell, Christophe).

Elle n’a pas peur aussi de faire des reprises quelque peu étonnantes comme par exemple Y’a pas que les grands qui rêvent ou bien encore I Feel it coming version française, ce qui donne : Je te sens venir, je te sens venir…en moi : et oui, certains en rêvaient, Armanet l’a fait !

Tout brûler puisque rien ne dure

Quatre ans plus tard, Juliette nous revient. Un deuxième album au titre incandescent Brûler le feu. L’amour un peu, beaucoup, passionnément, à la folie … puis plus rien. Le vide, l’absence, la douleur qui ronge. Le roseau est certes plié, écrasé mais il ne va pas rompre.

L’artiste, pour qui « la composition est un moment sacré », s’est dite habitée pendant cette création par Lenny Kravitz et William Sheller, ainsi que par Christophe dont elle aime « la bizarrerie de ses accords, son côté à la fois kitsch et naïf, l’élégance folle de ses paroles ».

Nouvel album de Juliette Armanet

Fini les complaintes d’ados et les rêves humides. La jeune fille a laissé place à la mère (Boum Boum Baby) et à la femme amoureuse puis abandonnée. Loin de pleurnicher sur son sort, la belle clame sa peine façon disco tantôt fiévreux (Le dernier jour du disco), tantôt glam (Qu’importe) : « J’aime les musiciens disco pour leur glamour, leur science du groove, leur goût des arrangements sophistiqués (avec violons, cuivres qui complètent les instruments rythmiques) ». Le piano-voix est aussi toujours présent, encore plus intense, et je vous invite à écouter le merveilleux Imaginer l’Amour. 3 minutes 45 de pure poésie qui n’auraient rien à envier à la grande Barbara.

Si vous ne savez pas quoi mettre sous le sapin de Noël, eh bien déposez-y le dernier album de Juliette Armanet. Il sera sans nul doute le plus beau joyau qui viendra éclairer de mille feux cette fin d’année.

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